Numismatique Romaine

Trésors monétaires découverts en France

La Gaule a très tôt, et pendant longtemps, fait partie de l’empire romain. Le système monétaire romain avait donc totalement cours sur le territoire géographique de l’ancienne France. Les monnaies romaines ont circulé à travers nos régions durant des siècles. Durant tout ce temps, certains hommes ont enfoui dans le sol ou dissimulé des trésors monétaires, pour des raisons connues d’eux seuls et sur lesquelles on ne peut que spéculer aujourd’hui. Petit panorama de quelques trésors de monnaies romaines découverts en France.

Qu’est-ce qui pouvait bien pousser quelqu’un à enfouir dans la terre un amas de monnaies ? Les raisons peuvent être de plusieurs types.
Dans certains cas, il s’agit d’une lente thésaurisation : une forme d’épargne composée au fil du temps par une personnes accumulant peu à peu des monnaies qu’elle dissimulait dans une même cachette.
Dans d’autres cas, une somme importante était cachée en une seule fois, possiblement dans la crainte d’une guerre, d’un conflit ou d’une menace approchants.
Les derniers sicèles de l’empire, particulièrement troubles, voient se succéder des mouvements d’invasion qui étaient propices à des enfouissements de ce type.

Une certitude toutefois : ces trésors n’ont, finalement, jamais pu être récupérés par leurs propriétaires. Alors que ceux-ci attendaient probablement le moment opportun pour revenir exhumer leur magot, le destin ou la mort les ont définitivement éloignés. Si bon nombre de ces trésors, qui varient en importance, sommeillent encore en terre, d’autres sont parfois découverts à la faveur d’un simple hasard, ou d’un geste anodin.
Voici quelques un des plus remarquables trésors de monnaies découverts sur le sol français.

1922 – Trésor d’Arras (ou trésor de Beaurains)

Le 21 septembre 1922, à Beaurains, près d’Arras, des ouvriers travaillant à l’extraction d’argile pour le compte d’une briqueterie font une incroyable découverte. Ils mettent à jour un vase d’argent contenant environ 700 monnaies, ainsi que des bijoux et des pièces d’argenterie.
Malheureusement, le trésor passera la nuit sans réelle surveillance, et une moitié environ s’évanouira, volée.

La pièce la plus impressionnante du trésor qui nous est parvenu est un gros médaillon d’or. Pesant 52,5 g, il a été frappé à l’atelier de Trèves, en 296 après JC. Il porte à l’avers le portrait de Constance Chlore, et au revers ce même empereur représenté à cheval. Une femme agenouillée devant lui personnifie la ville de Londres, que les lettres LON permettent d’identifier. Ce médaillon exceptionnel reste aujourd’hui unique.

Il faut souligner le caractère tout à fait exceptionnel de certaines de ces monnaies, uniques en leur genre, qui n’était pas conçues pour les échanges économiques du quotidien, ni même pour être mises en circulation. Elles présentent d’ailleurs un état de conservation proche de la perfection. Ces caractéristiques incitent ceux qui ont étudié le trésor à penser qu’il pourrait correspondre au donatium perçu par un officier militaire proche de l’empereur. Le donatium était une récompense particulière, de grande valeur, remise par l’empereur à des personnages de haut rang s’étant distingués par leurs services.

La présence d’effets personnels accrédite cette thèse d’un personnage éminent qui aurait dissimulé temporairement son trésor en vue de le récupérer par la suite, mais qui aurait trouvé la mort ou se serait vu dans l’impossibilité de revenir le chercher après coup.

On ne peut que regretter amèrement la disparition d’une partie du trésor. A en juger par les pièces qui nous sont parvenues, il recelait peut-être d’autres éléments de valeur inestimable pour l’étude de la numismatique romaine.

1985 – Trésor d’Eauze

A l’automne 1985, des ouvriers travaillant sur la commune d’Eauze, dans le Gers, extrayent de terre une énorme masse formée de monnaies romaines. Comme souvent avec les trésors monétaires enfouis, le temps les a collé entre elles. Plus de 28 000 monnaies en or, en argent, et en bronze composent cette masse qui pèse au total près de 120 kg.

Outre ces monnaies, le trésor comprend aussi plusieurs statuettes et bijoux. La pièce la plus remarquable du trésor consiste en un collier d’or sur lequel sont montés trois médaillons. L’un est à l’effigie d’Alexandre Sévère, les deux autres à celle d’Elagabal. Parmi eux se trouve un double aureus, tout à fait exceptionnel, pesant environ deux fois le poids d’un aureus classique, donc à peu près 13g. Il porte à l’avers le portrait du jeune empereur, entouré de la légende IMP ANTONINVS PIVS AVG. Le revers représente le bétyle, la fameuse pierre noire tombée du ciel (vraisemblablement un morceau de météorite) qu’Elagabal vénérait comme un Dieu et qu’il avait fait venir d’Emèse, cité syrienne d’où il était originaire. La pierre sacrée repose sur un quadrige, un char tiré par un attelage de quatre chevaux.

Conspué pour ses extravagances et ses mauvaises moeurs, montrant peu d’intérêt pour les affaire de l’empire, Elagabal était honni par le Sénat, qui ordonna d’ailleurs après sa mort sa damnatio memoria.

L’étude des différentes monnaies composant ce trésor a permis d’estimer que l’ensemble a été enterré en 261 après Jésus Christ.

1985 – Trésor de Lava

Autre trésor découvert en 1985 : le trésor du golfe de Lava, en Corse. Ce trésor est exceptionnel à bien des égards. Composé exclusivement d’éléments en or, il commpterait des centaines de monnaies, des médiallons rarissimes (des multiples valant chacun plusieurs aureus) ainsi que des objets précieux, ce qui en fait un des trésors les plus importants trouvés en France pour ce métal précieux.

Autre particularité, qui est aussi un gros hic : les pêcheurs d’oursins qui sortent toutes ces monnaies en or de l’eau ne déclarent pas leur découverte à l’Etat. Ils écoulent tous ces aureus et objets, datant du IIIème siècle après Jésus-Christ, en les bradant auprès de particuliers et d’experts numismates avec qui ils entrent en contact sur l’île de Beauté ou sur le contient. Avec l’argent qu’ils en retirent, ils mènent la belle vie… jusqu’à ce que l’État, alerté, finisse par se mettre en chasse du trésor. Jusqu’à aujourd’hui, seule une petite partie du tésor a pu être retrouvée. Mais l’État n’a pas dit son dernier mot et la partie est loin d’être terminée.

L’histoire du trésor de Lava, unique, mérite bien d’être contée dans les moindres détails.

2002 – Trésors de Pannecé

En novembre 2002, à Pannecé, une commune de Loire Atlantique, deux promeneurs passant à proximité d’un champ de maïs y découvrent de monnaies oxydées affleurant à la surface. De premières monnaies révélant un trésor de grande importance, puisque pas moins de 41 000 pièces, totalisant un poids de 108 Kg, seront sorties de terre à cet endroit.

Le trésor est constitué pour l’essentiel d’antoniniens, une monnaie créée par Caracalla et qui se substituera peu à peu au dernier à travers le temps mais ne cessera d’être dévalué. Les antoniniens retrouvés là sont pour la plupart, frappés du temps des empereurs Gallien, Claude II et des empereurs gallos romains Victorin, Tétricus père et Tétricus fils.

Les recherches ont établi que le trésor avait été enfoui dans une fosse se trouvant au pied d‘un bâtiment, dont on a retrouvé les traces de fondation. Ce dépôt monétaire aurait été enfoui aux alentours de 275 après Jésus Christ, une période du Bas Empire où les Gaules sont en proie à des invasions.

Fait remarquable: il s’agit du second trésor découvert à Pannecé ! Un premier trésor avait déjà été exhumé au milieu du XIXème siècle., donc 150 ans environ avant celui-ci.


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