Numismatique Romaine

L’incroyable histoire du trésor de Lava

Médaillon de Gallien, trésor de Lava

De nombreux trésors monétaires romains ont été trouvés sur le sol français. Chaque découverte à son histoire. Peu de trésors toutefois ont une histoire aussi rocambolesque que celle du trésor de Lava. Mis à jour par des pêcheurs corses au milieu des années 1980, qui choisissent de ne pas déclarer leur découverte, ce trésor a connu un parcours ponctué de rebondissements, et reste aujourd’hui auréolé de mystère.

La découverte du trésor de Lava prend place en septembre 1985, en Corse, et plus précisément dans le golfe de Lava, situé au Nord d’Ajaccio. Deux frères, Félix et Ange Biancamaria, ainsi que leur ami Marc Cotoni, plongent régulièrement dans les criques de ce golfe où ils pratiquent la pêche à l’oursin.

De l’or antique, au fond de l’eau

Début septembre, les pêcheurs se trouvent dans la crique de Capo di Feno. Sous l’eau, à deux mètres de profondeur environ, ils repèrent trois premières pièces d’or. Des aureis, monnaies d’or frappées au IIIème siècle après Jésus-Christ, sous l’empire romain. Encouragés par ces premières trouvailles, les trois pêcheurs ratissent, dans les semaines et mois qui suivent, les fonds de cette crique.

Ils remontent au total près de 600 pièces d’or, d’après Félix Biancamaria, qui le confie dans un livre intitulé “Le Trésor de Lava, La fièvre de l’or romain chez les plongeurs corses”, paru en 2014 chez Albin Michel.

Des monnaies écoulées sous le manteau

Les trois compères ne préviennent pas les autorités de leur découverte, mais revendent toutes ces monnaies pour en tirer profit. Ils en écoulent une partie auprès d’américains qui auraient fait le déplacement jusqu’en Corse tout spécialement. Ils vendent les pièces en lots, quand ils le peuvent, et n’hésitent pas à les brader largement. L’argent qu’ils gagnent leur permet de mener grand train.

Si Ange Biancamaria et Marc Cotoni restent en Corse, Félix n’hésite pas à aller flamber sur le continent. C’est d’ailleurs à Paris qu’il revend un lot d’une vingtaine de monnaies à un certain Jean Vinchon, expert numismate, qui lui en donne l’équivalent de 84 000 € aujourd’hui, versés en liquide. Les monnaies en valent beaucoup plus, mais Biancamaria est peu regardant, il est surtout pressé d’empocher cet argent issu de ses pêches miraculeuses.

La composition du trésor de Lava

Nous l’avons dit plus haut, le trésor aurait compté 600 pièces d’or environ, des aureus datés du IIIème siècle après Jésus Christ. Les monnaies les plus récentes remontent aux années 272-273.

Médaillons uniques et rarissimes

Mais le trésor de Lava comprend également des multiples en or, à l’effigie des empereurs Gallien et Claude II le Gothique . Ces médaillons, rarissimes, valent chacun 8 aureis. D’après les chercheurs et les historiens, ces multiples ne se destinaient pas aux échanges économiques classiques, mais étaient remis lors d’un donatium, et faisaient figure de cadeau avec lequel l’empereur récompensait et distinguait un haut dignitaire, issu du monde civil ou militaire.

Bijoux et autres éléments

Outre un plat en or, dont nous reparlerons plus bas, le trésor de Lava regroupait également des bijoux : Félix Biancamaria affirme en effet avoir trouvé 3 anneaux d’or, et plusieurs bracelets. Il aurait fondu une partie de ces éléments, avec des monnaies abîmées, en une masse d’or. Cette dernière lui aurait été dérobée par la suite, alors qu’il plongeait !

Un propriétaire de haut rang

L’ensemble des éléments formant ce trésor a très vraisemblablement appartenu à un personnage important de l’empire, tel qu’un officier supérieur de l’armée romaine, ou même une personnalité politique de premier plan. Le trésor de Lava est tout à fait considérable, en ce qu’il regroupe un très grand nombre de monnaies, et qu’il est intégralement constitué d’éléments en or par ailleurs, le métal précieux par excellence.

Comment ce trésor s’est-il retrouvé dans l’eau ?

La façon dont cet ensemble de monnaies et d’objets en or s’est retrouvé dispersé dans les eaux de la crique de Capo di Feno reste un mystère. Deux hypothèses principales s’opposent.

Un navire en proie aux flammes ?

Selon la première, le trésor a pu être chargé sur un navire qui aurait fait naufrage, peut-être après avoir percuté un écueil, et avoir pris feu. Les marques présentées par certaines des monnaies laissent en effet penser qu’elles ont commencé à fondre, avant d’être figées par l’eau.

Ou une cachette prise dans un éboulement

L’autre hypothèse se base sur des rumeurs qui courent dans les environs, selon lesquelles des ouvriers auraient, durant le XIXè siècle, découvert des jarres contenant ces trésors en travaillant dans des vignes voisines. Les ouvriers les auraient dissimulés dans une grotte perchée sur les falaises surplombant la crique. Suite à un éboulement, les jarres se seraient trouvées projetées dans l’eau.

Sous l’eau, la configuration des lieux suggère effectivement qu’un éboulement a bien eu lieu, mais aucun débris de jarre ou de poterie n’a pu être retrouvé, pas plus que les vestiges d’une éventuelle épave. Aucune des deux thèses ne donne donc pleinement satisfaction.

Un trésor découvert en plusieurs temps

Si l’origine du trésor de Lava reste un mystère, de premières pièces ont été trouvées dans les environs dans les années 1950. Certaines sont même passées officiellement en salle de vente à l’époque. Elles appartiendraient vraisemblablement au même ensemble, comme semblent le montrer des recherches postérieures, qui estiment d’ailleurs que le trésor de Lava regroupe un nombre de monnaies bien supérieur aux 600 annoncées par Félix Biancamaria. Mais le plus gros du trésor de Lava a, quoi qu’il en soit, été exhumé par les frères Biancamaria et leurs amis.

Fin de partie pour les découvreurs

L’État français finit par avoir vent de cette affaire, et considérant que tout trésor découvert en mer relève d’une épave maritime (alors même qu’ici aucune trace d’épave n’a pu être trouvée !), il se met en chasse du trésor de Lava, qui présente évidemment une inestimable valeur archéologique. Les services des douanes, missionnées par le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, la DRASSM, saisissent en novembre 1986, à Monte-Carlo, un lot de 18 monnaies qui allaient être mises aux enchères. Parmi elles se trouve un multiple de Gallien, estimé aujourd’hui à 150 000€, à lui seul.

La justice à l’oeuvre

Cette fois, la fête semble bel et bien finie. L’Etat, entreprenant de nombreuses actions et multipliant les saisies, menées aussi bien auprès de particuliers que de numismates professionnels, parvient à récupérer 73 des monnaies passées entre les mains des pêcheurs d’oursins corses. En novembre 1995, les pilleurs sont condamnés, au terme de 9 ans de procédure, à 18 mois de sursis et à une amende d’environ 15 000€. Une bien petite somme, en regard des montants qu’ils auront touché en écoulant leur butin…

Récupération d’un plat en or

L’histoire ne s’arrête pourtant pas tout à fait là…les autorités restent à l’affût, elles ont connaissance de l’existence de plusieurs éléments qui ont disparu. Parmi ceux-ci, un exceptionnel plat en or de 25 cm de diamètre et de 3 mm d’épaisseur, pesant plus de 900g, dont la valeur estimée se situe entre un et deux millions d’euros. Introuvable pendant des années, il est saisi sur Félix Biancamaria en octobre 2010, alors que celui-ci revient de Belgique où il était entré en contact avec un acheteur qui s’est finalement désisté. Au moment de sa découverte dans les années 1980, le plat contenait en son centre un imposant médaillon à l’effigie de Gallien, mais Biancamaria avait aussitôt vendu cette pièce unique. Sa valeur avoisinerait à elle seule 580 000€.

Affaire à suivre…

Ces quelques dizaines d’aureis et le plat, amputé de son médaillon central, sont les seuls éléments du trésor de Lava qui ont pu être récupérés. C’est bien peu au regard de l’ensemble évoqué par les témoins de l’époque. Certains évoquent une statue, en or elle aussi et lourde de plusieurs kilos, représentant un personnage tenant une huître dans sa main. Elle aurait disparu, peut-être fondue, avec d’autres éléments, pour être revendue au poids de l’or, à des dentistes méditerranéens notamment ! Un crève-cœur pour tout amoureux d’histoire et d’archéologie…

Bien loin du compte

Une quarantaine de monnaies du trésor de Lava sont aujourd’hui conservées au Cabinet des médailles, à Paris. 33 autres se trouvent au musée de Sartène, en Corse. L’État ne désespère pas de faire main basse sur les nombreuses monnaies qui manquent toujours à l’appel, et reste vigilant.

Un rebondissement récent

D’ailleurs le trésor de Lava n’a pas fini de faire parler de lui : en 2017, la gendarmerie a saisi à Bastia 16 pièces d’or romaines destinées au marché asiatique. Elles semblent issues d’émissions monétaires liées à l’ensemble trouvé par les frères Biancamaria !


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