Numismatique Romaine

Les Gaulois sur le monnayage de Rome

Le chef gaulois Vercingétorix sur un dernier émis sous la République romaine

Les romains ont, de tout temps, représenté les peuples voisins sur leur monnayage. Les Gaulois, parmi leurs plus proches voisins, n’ont pas fait exception à la règle. A mesure que les relations entre les deux peuples ont évolué, l’image des gaulois sur les monnaies romaines n’a cessé de se transformer, évoquant tour à tour guerriers farouches ou province apaisée.

Pour les romains des premiers siècles, les Gaulois se présentaient avant tout comme de redoutables et dangereux barbares. Il faut dire que les premiers échanges n’ont rien de cordiaux entre les deux peuples.

Sous la République romaine, les gaulois perçus comme des ennemis farouches

En 390, suite à des mouvements migratoires, la tribu des senons, s’introduit dans la plaine du Pô où elle pille et cherche à faire du butin. Menée par Brennus, usant de techniques de guerres qui surprennent les autochtones, elle défait l’armée romaine sur les bords du Tibre, avant de fondre sur Rome pour se livrer à un pillage en règle.

Réfugiés dans leur citadelle, sur le Capitole, les romains sont assiégés. Après le fameux épisode des oies du Capitole, ils finissent par obtenir des Gaulois qu’ils lèvent leur siège, en échange d’un lourd tribut. Le versement de ce dernier, fixé à pas moins de 1 000 livres d’or (soit 350 kilos environ) produit un autre moment resté célèbre. Assistant à la pesée, le chef Gaulois Brennus jette son épée dans la balance pour fausser le poids, en s’écriant « Vae Victis! », (« Malheur aux vaincus ! »).

Le sac de Rome, une première dans l’histoire de la cité, est vécu comme un véritable traumatisme par ses habitants. L’événement marquera durablement l’esprit des romains, qui considéreront longtemps les Gaulois comme des ennemis effrayants, impitoyables et farouches.

Guerriers gaulois sur les aes de bronze, monnaies primitives romaines

Se remettant progressivement de cet événement, Rome entame peu à peu son inexorable expansion. En chemin, elle se confronte de nouveau aux peuples gaulois. Vers 280 avant Jésus Christ, Rome déloge ainsi les Sénones du village d’Araminum, qui deviendra plus tard Rimini.
C’est peu après qu’apparaissent les premières monnaies romaines produites dans cette cité : des aes graves, lourdes monnaies de bronze.

Un guerrier gaulois est représenté sur ces monnaies, figuré à travers le portrait d’un personnage à la chevelure hirsute qui porte au cou un torque, lourd collier très apprécié des gaulois. Sur le revers, un autre attribut gaulois est aisément reconnaissable pour les contemporains, le bouclier ovale dont s’équipaient les guerriers au combat. Outre ces monnaies coulées en bronze, la cité produit également de plus petites divisions monétaires. A travers ces émissions, les romains ont vraisemblablement souhaité célébrer leur victoire sur une ville qui était peuplée de gaulois avant qu’ils ne s’en emparent.

Sur cette grosse monnaie de bronze (plus de 70g !), frappée vers le IIIème siècle avant Jésus Christ à Ariminum et qui n'a certes pas été épargnée par le temps, on peut voir le portrait d'un guerrier gaulois portant un torque.

Sur cette grosse monnaie de bronze (plus de 70g !), frappée vers le IIIème siècle avant Jésus Christ à Ariminum et qui n’a certes pas été épargnée par le temps, on peut voir le portrait d’un guerrier gaulois portant un torque. © American Numismatic Society

Présents sur les premiers Aes à l’origine des as qui formeront l’unité monétaire de référence des romains pendant des siècles, les gaulois feront également leur apparition sur les deniers, quand celui-ci supplantera le rôle de l’as au cœur du système monétaire romain.

Carnyx et chefs gaulois sur des deniers romains

Les premières apparitions des gaulois sur les deniers sont liées à d’importants conflits qui ont vu les romains affronter les peuples arverne et allobroge. La bataille du confluent, qui se tient en 121 av. J.-C, se solde par la victoire des romains sur cette alliance de peuples gaulois. Elle aboutit à la création de la province Narbonnaise.

Plusieurs émissions de deniers datées des années qui suivent figurent à l’avers la classique personnification de Rome à travers une figure casquée, et montrent au revers un gaulois debout dans son char, tiré par une paire de chevaux, un bige. On y retrouve le bouclier ovale typique, mais aussi un autre élément qui ne laisse place à aucun doute : le carnyx. Le carnyx est, pour les gaulois, un des instruments privilégiés sur le champ de bataille pour instaurer la peur chez l’ennemi et pour encourager leurs hommes.
Certains voient, dans la représentation de ce chef gaulois dressé dans son char, une évocation du chef arverne Bituit, qui aurait eu l’habitude de se rendre au combat dans un char d’argent.

Au revers de ce denier émis en 118 avant Jésus Christ, on peut voir un guerrier gaulois conduisant un bige, tenant dans sa main gauche un carnyx.

Au revers de ce denier émis en 118 avant Jésus Christ, on peut voir un guerrier gaulois conduisant un bige, tenant dans sa main gauche un carnyx. © American Numismatic Society

Le questeur Marcus Sergius Silus fait frapper, vers 116 av J.-C., un denier qui rend hommage à l’un de ses ancêtres. Ce dernier, au cours d’une carrière ponctuée de hauts faits d’armes, s’était notamment illustré contre plusieurs tribus gauloises. Au revers de ce denier on peut voir l’aïeul homonyme, Sergius Silus, s’élancer à cheval en brandissant la tête décapitée d’un gaulois. Il faut préciser que de nombreux gaulois avaient pour coutume de décapiter leurs ennemis vaincus, de les ramener chez eux pour les accrocher à l’entrée de leurs demeures, où elles restaient exposées, comme l’attestent plusieurs découvertes archéologiques. Cette représentation au revers du denier émis par Sergius Silus serait donc une allusion directe à cette pratique gauloise, dans une forme de retour à l’envoyeur, ou d’arroseur arrosé.

Le denier de M. Sergius Silus montre un cavalier tenant dans sa main une tête coupée... celle d'un gaulois. © American Numismatic Society

Le denier de M. Sergius Silus montre un cavalier tenant dans sa main une tête coupée… celle d’un gaulois. © American Numismatic Society

En 50 av J.-C., Publius Claudius Lentulus Marcellius honore à son tour la mémoire d’un de ses ancêtres, le valeureux Marcus Claudius Marcellius, nommé cinq fois consul. Le personnage avait participé à de nombreuses guerres décisives, et est resté célèbre pour avoir tué de ses mains Viridomaros (ou Britomaros), un chef gaulois, lors de la bataille de Clastidium, en 222 av. J.-C.
Le portrait de Marcus Claudius Marcellius orne l’avers du denier frappé en 50 av J.-C. Le revers le représente en train de gravir les marches de temple de Jupiter Férétrien, les bras chargés des dépouilles opimes prises sur Viridomaros (ses armes et son armure), formant un trophée militaire.

Le denier orné du portrait de Le portrait de Marcus Claudius Marcellius. © American Numismatic Society

Le denier orné du portrait de Le portrait de Marcus Claudius Marcellius. © American Numismatic Society

Gaulois vaincus, captifs

Quelques années plus tard, les gaulois apparaissent sur un monnayage lié à Jules César. Le vainqueur de la guerre des Gaules, auréolé de gloire, tient à rappeler ses faits d’armes sur des monnaies frappées par un atelier itinérant, alors que débute la guerre civile qui verra ses partisans s’opposer à ceux de Pompée le grand. Plusieurs émissions monétaires produites par ses ateliers, de 48 à 45 av. J.-C., donnent à voir des gaulois, souvent captifs, au pied de trophées militaires, ou bien des carnyx.

Voici une monnaie assez prisée : un denier émis par Jules César arborant à l'avers la divinité Vénus, et au revers un trophée militaire couvert d'équipement gaulois, au pied duquel sont visibles deux captifs.

Voici une monnaie assez prisée : un denier émis par Jules César arborant à l’avers la divinité Vénus, et au revers un trophée militaire couvert d’équipement gaulois, au pied duquel sont visibles deux captifs. © American Numismatic Society

Sur une monnaie de ce temps, apparaît également un portrait que l’on admet le plus souvent comme étant celui de Vercingétorix, roi des arvernes qui était parvenu à unifier les tribus gauloises contre César.

Vercingétorix est très vraisemblablement le personnage représenté sur ce denier émis en 48 avant Jésus Christ.

Vercingétorix est très vraisemblablement le personnage représenté sur ce denier émis en 48 avant Jésus Christ. © American Numismatic Society

Vers des rapports apaisés avec la Gaule

Au premier siècle de notre ère, les gaulois font leur retour sur les monnaies à travers une émission de Galba, l’empereur qui succède à Néron après un moment chaotique qui agite une partie de la Gaule. Sur un denier, les 3 Gaules (Lyonnaise, Aquitaine et Belgique) sont personnifiées via des bustes de femmes. Sur un autre, Gaule et Hispanie sont personnifiées sous les traits de femmes qui se serrent la main, chacune présentant des caractéristiques traditionnelles.

La Gaule, province personnifiée sous les traits d’une femme

Au IIème siècle après Jésus Christ, après une intense phase d’expansion poursuivie par Trajan qui développera les frontières de l’empire à leur climax, Hadrien entame une période de consolidation et décide de parcourir les provinces. Son passage par la Gaule est commémoré par des émissions sur lesquelles on peut voir l’empereur venir à la rencontre d’une Gaule personnifiée, comme toujours, sous les traits d’une femme. Sur ces émissions, la Gaule ne porte en revanche aucun de ses attributs traditionnels, et c’est essentiellement la titulature de cette monnaie qui permet d’identifier la province à travers l’événement représenté.
Ce type sera repris plus tard par Gallien, pour des antoniniens émis vers 258 après J.C.

Les gaulois, soldats alliés des romains

Encore plus tard, nous retrouvons des gaulois sur des frappes monétaires de Constantin. L’empereur salue les soldats gaulois qui ont repoussé victorieusement des invasions opérées par les germains. Sur un solidus, on voit ainsi un guerrier gaulois tenir par les cheveux un germain captif à ses pieds, un genou posé en terre et les mains liées.


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