Numismatique Romaine

Anomalies et défauts sur les monnaies antiques

Parce que la fabrication de la monnaie antique était le fruit d’une intervention humaine, et que sa production était assurée à la main, elle était nécessairement sujette à de multiples erreurs ou irrégularités. Il est amusant pour le collectionneur d’apprendre justement à reconnaître les différents types d’anomalies, et de comprendre quelle manipulation, volontaire ou non, est à leur origine.

Anomalies survenues au moment de la frappe

Intéressons-nous dans un premier temps aux anomalies et défauts qui affectent les monnaies dès le moment de leur fabrication. Elles sont susceptibles d’être intervenues les premières, dans l’ordre des choses, et dans la « vie » d’une monnaie.

Cassures ou bouchures de coins

Les plus belles monnaies antiques présentent des légendes et des détails impeccables, ainsi que de haut reliefs qui restituent une image saisissante, tant à l’avers qu’au revers. Cette qualité “fleur de coin”, qui caractérise les monnaies n’ayant pas, ou presque pas circulé, fait leur valeur. Malheureusement, rares sont les monnaies parvenues jusqu’à nous dans cet état de perfection.

Les coins monétaires qui servaient à la frappe s’usaient et se dégradaient avec le temps, au fil de la production. Coin de droit et de revers s’usaient d’ailleurs à des rythmes différents, si bien qu’un coin d’avers « neuf » pouvait côtoyer un coin de revers usé pendant un certain temps.
Aussi et surtout, les coins, avec leur gravures en négatif (c’est à dire en creux), pouvaient se boucher par endroits (sur une lettre, sur un détail du portrait ou de la représentation). C’est pourquoi une lettre est parfois absente, ou qu’un détail semble effacé, comme gommé ou aplati, sur certaines monnaies.

Frappe décentrée

Un flan mal placé sur le coin pouvait donner lieu à une frappe décentrée : le relief imprimé par le coin n’est visible que sur une partie du flan, et déporté sur un côté. L’image et la légende ne figurent pas en entier mais sont tronqués en partie. En conséquence, le flan présente un aspect lisse, vierge, sur une part importante de sa surface.

Cas assez fréquent de frappé décentrée : une grande partie de l'image du coin monétaire utilisé pour la frappe est manquante. [© BNF]

Cas assez fréquent de frappé décentrée : une grande partie de l’image du coin monétaire utilisé pour la frappe est manquante. [© BNF]

Faiblesse de frappe

Une monnaie avec des reliefs peu prononcés résultait d’une faiblesse de frappe, c’est à dire d’une frappe un peu molle. Le coup n’a pas été asséné avec suffisamment de force pour bien saisir les détails de la gravure présente sur les coins.

Frappe “tréflée”

Le cas de la double frappe, ou frappe tréflée, s’explique par un rebond du marteau après le premier coup. Les détails de l’image (comme le portrait de l’empereur par exemple) apparaissent alors deux fois, le plus souvent avec un doublon plus faible et légèrement décalé.

Le visage de gauche sur l'avers de ce quadrigatus semble dédoublé. Cela est dû à un rebond du marteau, au moment de la frappe, qui a imprimé une seconde fois l'image du coin avec un léger décalage. [© BNF]

Le visage de gauche sur l’avers de ce quadrigatus semble dédoublé. Cela est dû à un rebond du marteau, au moment de la frappe, qui a imprimé une seconde fois l’image du coin avec un léger décalage. [© BNF]

Frappe incuse

Une monnaie incuse présente deux fois la même image : en relief sur le côté d’un des flans, et en creux sur l’autre. Cette anomalie est le fruit d’un accident précis, qui se produisait lorsque une monnaie restait figée ou placée sur un des coins monétaires, qui donnaient aux flans leurs images. La monnaie suivante était alors frappée par dessus la première. Elle prenait bien l’image gravée en négatif sur un des coins, mais la monnaie restée sur le coin lui imprimait le même motif, enfonçant le flan dans son épaisseur.

Ce denier a été émis par César pour commémorer sa victoire sur les gaulois. On admet généralement que c'est le visage de Vercingétorix qui est représenté ici. Il s'agit d'un bel exemplaire de monnaie incuse. Au revers, un char était généralement associé à cet avers. [© BNF]

Ce denier a été émis par César pour commémorer sa victoire sur les gaulois. On admet généralement que c’est le visage de Vercingétorix qui est représenté ici. Il s’agit d’un bel exemplaire de monnaie incuse. Au revers, un char était généralement associé à cet avers. [© BNF]

Anomalie de poids

Les flans n’étaient pas toujours calibrés avec une précision chirurgicale. Les personnes travaillant au sein de l’atelier monétaire, si elles s’apercevaient du surpoids d’une monnaie, pouvaient corriger le tir en grattant celle-ci pour la mettre au bon poids. Des marques de cette opération sont parfois visibles.
Après leur mise en circulation, certaines personnes peu scrupuleuses pouvaient chercher à limer la tranche des monnaies. En répétant l’opération sur un grand nombre de monnaies, ils parvenaient à constituer une petite masse de métal précieux et réaliser ainsi un gain.
Dans ce dernier cas, nous avons affaire à une manipulation postérieure à la fabrication de la monnaie elle-même. Voyons d’autres cas d’altérations ou d’anomalies survenant après la frappe et la mise en circulation de la monnaie.

Interventions sur la monnaie postérieures à sa fabrication

Contremarques

Les contremarques prennent souvent la forme de lettres inscrites dans un petit cartouche rectangle visible sur certaines monnaies de bronze du haut empire. La contremarque visait à valider la valeur d’une monnaie émise sous un règne précédent. Un empereur confirmait et prolongeait ainsi la valeur attribuée à une monnaie frappée par un prédécesseur.

Contremarque "SPQ" bien visible sur cet as de Néron [© BNF]

Contremarque « SPQ » bien visible sur cet as de Néron [© BNF]

Poinçons

Cas particuliers, différent de la contre-marque : les marques rectangulaires ou en forme de croissant de lune, qui se rencontrent parfois sur les deniers de la république, ne sont pas le fruit du hasard ou d’un accident. En plongeant dans l’épaisseur du métal, cette manipulation visait à s’assurer que la monnaie n’était pas fourrée.

Ce denier républicain porte une marque de poinçon très visible, en plein sur la joue de la déesse présentée à l'avers. [© BNF]

Ce denier républicain porte une marque de poinçon très visible, en plein sur la joue de la déesse présentée à l’avers. [© BNF]

Ouvrons justement davantage le sujet pour nous intéresser au cas de la fausse monnaie.

Une « anomalie » particulière : la fausse monnaie

Dans la mesure où la fausse monnaie est produite en dehors du circuit officiel, par des intervenants n’ayant pas autorité à frapper monnaie, il ne s’agit pas à proprement parler d’un souci de fabrication, ni d’intervention opérée après la fabrication.

Un œil inexpérimenté, confronté à ce type de monnaie, pourrait toutefois ne pas comprendre spontanément la nature du problème, et imaginer qu’il a sous les yeux une monnaie simplement « anormale », de curieux aspect, sans réaliser qu’elle est fausse.

Il faut savoir que la création des faux monétaires n’est en rien une préoccupation moderne. Dès l’antiquité, les enjeux économiques liés à la monnaie ont éveillé la créativité des faussaires.
A l’époque romaine, les faussaires se sont efforcés de produire de faux deniers. Le denier était une monnaie d’argent occupant un échelon clef dans le système monétaire.
La méthode généralement observée, pour fabriquer des faux numéraires, consistait à frapper la monnaie sur des flans d’un métal plus vil que l’argent, le plus souvent du cuivre. Et à tremper ensuite cette pièce dans de l’argent fondu, pour lui appliquer une fine couche de métal noble. Une fausse monnaie de ce type est souvent désignée comme « saucée », ou « fourrée ».
Avec le temps, la fine couche d’argent se dégrade et laisse apparaître, à travers des trous plus ou moins importants, le métal plus vil se trouvant au dessous. La supercherie ne fonctionne alors plus et ces monnaies prennent un aspect disgracieux.

 

Ce denier de Domitien est un faux d'époque. Il s'agit d'une monnaie fourrée. Une fine couche d'argent recouvre un métal plus vil. [© BNF]

Ce denier de Domitien est un faux d’époque. Il s’agit d’une monnaie fourrée. Une fine couche d’argent recouvre un métal plus vil. [© BNF]

Une très grande majorité de ces monnaies sont des faux d’époque. Ces monnaies sont toutes aussi anciennes que celles qu’elles cherchent à falsifier, et sont porteuses d’une certaine valeur, même si celle-ci est toujours inférieure à celle de l’originale.


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